Le Clonage
| Le clonage reproductif |
La technique consiste à prélever le noyau (qui contient les chromosomes sur lesquels se trouve l'ADN) d'une cellule somatique adulte (par exemple un cellule de la peau, de la glande mammaire, du foie) et à l'injecter dans un ovocyte préalablement vidé de son noyau. Cet ovocyte provient de la mère porteuse, qui est différente de la personne à qui appartient la cellule somatique qui sera clonée. On réalise ensuite la fusion des deux cellules (la cellule somatique et l'ovocyte) en appliquant un champ électrique. Cela endommage souvent les cellules. En cas de réussite, il y a formation d'un embryon qui commencera à se développer. Il sera alors cultivé quelques temps en laboratoire avant d'être transplanté, au stade blastocyte, dans l'utérus de la mère porteuse. Le bébé aura le même patrimoine génétique que celui du donneur de la cellule somatique. On réussit ainsi une reproduction sans fécondation.
Comment cela est-il
possible ?
C'est très simple: dans chaque cellule de notre corps se trouve
l'ensemble du programme génétique. Cela signifie que dans l'une des cellules
de ma peau, se trouve non seulement le programme pour fabriquer une cellule de
la peau mais aussi celui pour fabriquer une cellule du cerveau ou du coeur.
Seulement, en temps normal, les informations nécessaires (les gènes) à la
fabrication d'un neurone ne s'expriment pas dans les cellules de la peau et vice
versa. En quelque sorte, on peut dire que dans une cellule de la peau, ces gènes
"neuronaux" s'effacent pour mettre en valeur les gènes nécessaires
à la peau. De même, dans un neurone, les gènes nécessaires aux fonctions
d'une cellule de la peau font silence pour que ne s'expriment que ceux nécessaires
aux neurones. Dans le clonage à des fins de reproduction, on stoppe ce
processus et ainsi on peut, à partir d'une cellule de la peau, fabriquer non
seulement d'autres cellules de la peau, en tous points identiques aux premières,
mais aussi des cellules nerveuses. On fait ainsi pour l'ensemble des cellules du
corps jusqu'à reconstituer un être humain entier. Ce dernier sera génétiquement
identique à celui sur lequel les cellules auront été prélevées, ce qui
permet en quelque sorte de créer des "doubles" (des clones).
Est ce nouveau ?
Chez la grenouille, les chercheurs ont réussi à faire des clones à partir de cellules embryonnaires dès 1952. Néanmoins, ce n'était pas une réussite fabuleuse puisque sur 197 transferts de noyau, il y a eu seulement 2 têtards. En 1962, un pas de plus allait être franchi avec le clonage, toujours chez la grenouille, à partir des cellules adultes. Cependant, là encore il faut noter que les têtards se sont développés mais sont décédés avant de devenir "grenouilles". En 1986, des chercheurs américains font un nouveau pas en avant en clonant des veaux à partir de cellules embryonnaires et, 11 ans plus tard, c'est le fameux clonage de Dolly qui a fait la une des journaux. C'était en effet la première fois qu'on résussissait à cloner un mammifère à partir de cellules somatiques adultes. Bien sûr, on est loin d'une application "industrielle": pour fabriquer Dolly, il a fallu mettre en culture 277 embryons, parmi lesquels seulement un seul est parvenu à terme. De plus, on constata en 1999 que la brebis Dolly présentait un vieillissement accéléré. En effet, la brebis donneuse de cellules somatiques avait 6 ans lorsqu’elle fût clonée, si bien que Dolly est née avec des cellules plus âgées que celles d’un nouveau né normal.
A quoi ça sert?
Les perspectives les plus immédiates concernent la possibilité de cloner des animaux présentant des caractéristiques particulières, tels que des animaux d'élevage sélectionnés ou des animaux transgéniques. Par exemple, on peut s'intéresser à cloner une vache produisant une grande quantité de lait. Jusqu'à présent, on pouvait sélectionner cette vache et favoriser sa reproduction mais l'animal en question n'engendrait qu'un veau par an. Le cloner permettrait d'obtenir un veau par semaine!!! En ce qui concerne les animaux transgéniques, ils sont utiles pour des applications biomédicales. Par exemple, en insérant le gène adéquat dans les chromosomes de moutons ou de lapins, on peut récupérer dans leur lait des substances permettant de soigner la mucoviscidose ou l'hémophilie A. Or, ces animaux transgéniques sont difficiles à obtenir et on peut s'imaginer que la technique du clonage rendrait leur production beaucoup plus facile. D'autres parlent de cloner des espèces en voie de disparition ou même de.... cloner des espèces déjà disparues, dans le cas où l'on parviendrait à récupérer leur ADN.
Et le clonage humain ?
Là où les choses deviennent plus difficiles, c'est lorsque l'on aborde le clonage humain... Un sondage américain a révélé que 7% des adultes aimeraient se faire cloner ! Leurs motivations sont variées : disposer d'un réservoir d'organes pour le cas où ils auraient besoin d'une greffe, continuer d'exister après la mort, etc. D'autres suggèrent le clonage des personnes possédant certaines combinaisons de gènes, comme des savants ou des sportifs. D'autres encore proposent le clonage des personnes chères qui seraient décédées. Derrière tous ces rêves, se profilent le désir d'uniformité (répliquer à l'infini ceux qui nous plaisent) et le désir d'immortalité (refuser la mort d'un être cher ou sa propre mort). Evidemment, pour l’instant, cela n’est pas réalisable puisque la technique n’est pas encore au point.
Mon clone est-il mon double ? Suis-je un être unique ou peut on me fabriquer à des milliers d'exemplaires?
Un clone a le même patrimoine génétique que le donneur de la cellules somatique, contrairement aux autres individus qui sont le résultat d'un brassage de gènes issus de leur père et de ceux de leur mère. Mais le clone est-il pour autant une copie fidèle de son donneur? Rien n'est plus éloigné de la réalité, puisque l'identité, tant au niveau biologique qu'au niveau psychologique, n'est pas la seule conséquence du génome. Sur le plan biologique, la différence entre deux cellules réside non seulement dans les chromosomes mais aussi dans le cytoplasme (cas de l'ADN mitochondrial par exemple). Quant à l'identité d'un être vivant complexe, elle est bien plus que la seule conséquence de l'identité biologique: elle est aussi le résultat d'une expérience, d'une mémoire. Mon clone aura mes gènes mais il naîtra bien des années après moi, sans être soumis au même environnement, sans avoir mes souvenirs, sans rencontrer ceux qui, par ce qu'ils m'ont donné d'eux, ont transformé ma vie. Mon clone n'est donc pas moi: c'est un autre, avec mes gènes. On ne peut pas me photocopier.
| Le clonage reproductif dit thérapeutique |
Comme nous venons de le voir, l'annonce en 1997 du clonage de la brebis Dolly avait été l'occasion d'un consensus quasi général: jamais, au grand jamais, on appliquerait une telle technologie à l'être humain. Tout le monde était d'accord sur ce point, des autorités politiques aux autorités religieuses, à commencer par le créateur de la fameuse brebis. Et pourtant, un an après, la conception du clonage humain a considérablement changé et maintenant on distingue "clonage thérapeutique" et clonage pratiqué à des fins de reproduction. Si la plupart des décideurs continuent à être réservés sur la clonage à des fin de reproduction, il n'en est pas de même pour le clonage thérapeutique.
De quoi s'agit-il ?
Dans ce cas, on commence par fabriquer un embryon cloné, exactement de la même façon que dans le clonage reproductif. Une fois la fusion du noyau de la cellule somatique et de l'ovocyte réalisé, on laisse l'embryon se développer en éprouvette jusqu'à l'âge de 8 jours environ. A ce moment là, on prélève la masse cellulaire interne de cet embryon, ce qui a pour résultat sa destruction. Les cellules ainsi prélevées sont mises en culture afin d'obtenir des cellles souches embryonnaires. Ces cellules souches sont totipotentes, c'est à dire qu'elles peuvent se différencier en cellules de nombreux tissus. A partir de ces cellules souches embryonnaires, on peut donc fabriquer des cellules du foie, du coeur, de la peau, qui auront le même patrimoine génétique que le donneur de cellules somatiques.
A quoi ça sert ?
Le but de cette technique est de disposer de cellules somatiques (du foie, du coeur, etc...) ayant le même patrimone génétique que le donneur. Ainsi, si le donneur souffre d'une pathologie grave, on pourrait remplacer ces cellules malades par des cellules clonées sans qu'il y ait rejet de cette greffe. En effet, bien souvent, l'un des problèmes majeurs des greffes est la possibilité de rejet qui survient en cas d'incompatibilité des systèmes d'histocompatibilité majeurs. Puisque dans ce cas, le patrimoine génétique du donneur et du receveur sont identiques, ce rejet ne survient pas.
Y a -t-il d'autres alternatives ?
Oui. Il existe d'autres techniques liées à l'utilisation de cellules souches adultes. Dans ce dernier cas, on prélève des cellules sur un sujet humain (adulte ou embryon) et on "duplique" uniquement le type de cellule prélevé. Par exemple, on prélève des cellules souches nerveuses et, à partir de là, on génère d'autres neurones qu'on pourra transplanter en cas de maladie neurodégénérative (maladies caractérisées par une perte de neurones dans le cerveau comme la maladie de Parkinson ou la maladie d'Alzheimer). Dans ce cas, on fabrique des cellules de la peau à partir d'une cellule de la peau, sans passer par la fabrication d'un embryon. Cette stratégie est techniquement beaucoup plus simple et ne pose pas de problèmes éthiques particuliers (puisque dans ce cas, on a fabriqué des tissus et non des embryons). De plus on s’est aperçu que le potentiel des cellules souches n’est pas réduit par leur source : par exemple des cellules musculaires et sanguines peuvent être obtenues à partir de cellules souches d’autres systèmes. Les cellules souches adultes semblent de ce fait avoir les mêmes potentialités que les cellules souches embryonnaires. On peut désormais raisonnablement évoquer des pistes de thérapie cellulaire indépendantes des prélèvements embryonnaires