BELGIQUE - REGLEMENTATION DE L'EXPERIMENTATION SUR EMBRYONS HUMAINS
État du dossier
Le projet de loi a été adopté par le Parlement le jeudi 3 avril 2003. Il a été signé le 11 mai 2003 par le Roi Albert II, grand-père notamment de Elisabeth et Gabriel qui ont eu, eux, la chance de naître. La loi du 11 mai 2003 est parue au Moniteur belge.
En savoir plus sur ce qui s'est dit:
Compte rendu analytique (version officieuse) de la séance plénière de la Chambre du 02 avril 2003 ( = résumé des débats)
Annales parlementaires (version officieuse) de la séance plénière de la Chambre du 02 avril 2003 ( = texte intégral des débats)
Voici un extrait du Rapport fait en séance plénière le 2 avril:
"Dans son exposé introductif, le ministre Tavernier a précisé que le projet de loi définit les modalités, conditions, lieux et contrôles devant être respectés dans le cadre de la recherche sur les embryons. La constitution d'embryons in vitro à des fins de recherche est interdite sauf si les objectifs de la recherche ne peuvent être atteints par la recherche sur les embryons surnuméraires.
La stimulation des ovules est autorisée pour autant qu'elle soit scientifiquement justifiée et que la femme concernée soit majeure et manifeste son consentement par écrit. Le projet de loi interdit, en outre, l'implantation d'embryons aux humains, chez les animaux, l'accomplissement de recherches à caractère eugénique ou axées sur la sélection du sexe, à l'exception de la sélection permettant d'écarter des embryons atteints de maladies liées au sexe.
La recherche menée sur des embryons à des fins commerciales est également interdite. Le clonage reproductif humain est interdit. Le clonage thérapeutique, quant à lui, est implicitement autorisé pour autant qu'il respecte les conditions de l'article 3 du projet de loi. Toute recherche sur des embryons in vitro doit être soumise, au préalable, au comité local d'éthique qui rend un avis sur la question dans un délai de deux mois.
Une commission fédérale pour la recherche médicale et scientifique sur les embryons in vitro est chargée, entre autres, de veiller au respect de la loi. Enfin, le projet de loi répond aux besoins existants mais devra être complété sur la base des avis qui seront rendus quant à l'usage des embryons et des ovules, quant au clonage thérapeutique et à la thérapie génique germinale et somatique."
Le vote à la Chambre des Représentants
| POUR | 80 |
| CONTRE | 26 |
| ABSTENTIONS | 26 |
| ABSENTS | - |
En conséquence, la Chambre a adopté le projet de loi. Il a été depuis soumis à la sanction royale.
...En détail
| CONTRE | Annemans Arens Bouteca Bultinck Colen Decroly De Man Detremmerie Féret Fournaux Goyvaerts Grafé Laeremans Langendries Lefevre Milquet Mortelmans Paque Schoofs Sevenhans Smets André Spinnewyn Tastenhoye Vanden Broeck Van den Eynde Viseur |
| ABSTENTIONS | Ansoms Brepoels Brouns Coenen Creyf Dardenne De Crem Deseyn D'hondt Greta Eyskens Gilkinet Gobert Goutry Hendrickx Leterme Pelzer-Salandra Pieters Dirk Pieters Trees Schauvliege Tant Vandeurzen Van Eetvelt Van Hoorebeke Vanpoucke Van Rompuy Verherstraeten |
| ABSENTS | |
| POUR | Anthuenis Avontroodt Bacquelaine Baille Bartholomeeussen Barzin Bellot Bonte Borginon Burgeon Cahay-André Campstein Canon Chabot Chastel Collard Cortois Coveliers De Block De Cock De Croo Dehu Delizée De Meyer Denis De Permentier Depreter D'hondt Denis Douifi Drion Dufour Eeman Eerdekens Erdman Frédéric Genot Gerkens Germeaux Giet Goris Grauwels Haegeman Harmegnies Henry Herzet Hondermarcq Hove Janssens Laenens Lahaye Lalieux Lano Lansens Larcier Leen Lejeune Lenssen Maingain Mayeur Minne Philtjens Schalck Seghin Simonet Smets Tony Somers Valkeniers Van Aperen Van Campenhout Van de Casteele Vandenhove Van der Maelen Van Grootenbrulle Vanoost Van Overtveldt Vanvelthoven Verlinde Versnick Wauters Willems |
Pour rappel, au Sénat...
La Commission bioéthique du Sénat avait, dans un premier temps, voté le 10 juin 2002 l'ensemble des amendements et articles relatifs à la proposition de loi. Le texte a été voté article par article et non d'un bloc. Les seuls amendements qui avaient été acceptés n'avaient pas pour vocation de changer fondamentalement l'esprit du texte.
Le texte a été ensuite soumis au Comité Consultatif de Bioéthique qui a remis son avis le 16 septembre 2002.
Les travaux en Commission ont donc ensuite repris, accélérés par la fierté des auteurs du projet (Monfils et Mahoux) de pouvoir s'appuyer sur l'avis du Comité Consultatif. La proposition Monfils -Mahoux (2-695) a été adoptée par la Commission bioéthique du Sénat le 25 octobre 2002.
Un vote en séance plénière au Sénat devait encore intervenir et a été inscrit à l'ordre du jour Sénat pour le mercredi 27 novembre 2002, dès 14 H. Le texte a été légèrement amendé, ce qui fait que le vote sur l'ensemble de la proposition a dû être reporté au 05 décembre 2002, après les derniers commentaires et déclarations des Sénateurs dont vous trouverez ici le texte. Les résultats du vote sont:
Présents: 64
Pour: 39
Contre: 17
Abstentions: 8
La proposition étant adoptée par le Sénat (document n° 2-695/24), a été transmise à la Chambre des Représentants.
Avis du Comité Consultatif de Bioéthique
Le 16 septembre 2002, le Comité Consultatif a émis son avis.
47 pages pour en arriver à la conclusion unanime que l'expérimentation doit être autorisée, les seules divergences reposant sur l'admission de la création d'embryons aux seules fins de recherche.
Si on analyse la composition du Comité et plus particulièrement la représentation UCL-KUL (page 47 de l'avis) ( à notre connaissance, 4 membres au sein de ceux qui ont émis l'avis) , on comprend aisément que le Comité ait réussi à dégager un consensus sur l'utilisation des embryons aux fins de recherche et le clonage thérapeutique.
Le Professeur Léon Cassiers, UCL, s'est régulièrement prononcé dans la presse quotidienne depuis 2001 pour le clonage, la dépénalisation de l'euthanasie,...
Madame Mylène Baum, l'une des 3 titulaires de cours de bio-éthique de l'UCL, a, de façon constante, persistante et officielle, remis en cause toute morale, le serment d'Hippocrate, la fonction de la médecine, et estime souhaitable la légalisation du clonage reproductif. Pour se faire une idée des opinions émises, nous vous suggérons de lire une brève analyse de sa position en matière d'euthanasie, développée en long et large dans son syllabus de cours, et au Sénat lors de son audition à ce sujet en séance plénière.
Le Professeur Dupuis, de l'UCL, deuxième co-titulaire du cours de bio-éthique de l'UCL, vient de faire publier une interview via le journal DIMANCHE à très grande diffusion et prétendu proche de l'Église catholique, le 8 septembre 2002. Sa position, éminemment favorable à l'expérimentation sur embryons, en raison du caractère "énigmatique" de l'embryon, justifie aussi que l'on légalise déjà le clonage, vu qu'il sera inévitable.
Le Professeur Schomans, de la KUL, a émis il y a plus d'un an, des opinions fortement divergentes de la position catholique sur la nature de l'embryon, s'appuyant sur de soi-disant nouveaux courants dans l'Église, en faveur de l'expérimentation sur embryons dans l'hebdomadaire chrétien flamand TERTIO, destiné au grand public. Il est aussi en faveur en de la dépénalisation de l'euthanasie, comme il l'a déclaré au Sénat lors de son audition en séance plénière.
Les 4 professeurs précités ont participé à la rédaction de l'avis du Comité Consultatif de Bioéthique Belge.
Hélas, l'information que nous transmettons ici n'est que la face cachée de l'iceberg, et peut être étayée par de multiples renvois, de très nombreuses interviews, des extraits de syllabus, coupures de presse grand public, site internet, ... émanant de la quasi totalité de l'UCL, toutes facultés confondues (aussi droit, économie, sciences) que nous avons pu collationner avec JEUNES POUR LA VIE et analyser depuis le mois d'août 2002. Sur base des informations en notre possession, la KUL ne me semble pas en reste.... .
Toutes ces informations sont transmises aux fins de mieux comprendre le contexte belge dans lequel s'est déroulé le colloque "Concevoir l'embryon" du 19 et 20 octobre 2002, et aux fins de réfléchir à la problématique de la résolution qui sera soumise en fin de congrès aux participants...
Propositions de loi et amendements (Sénat)
Proposition de loi du 20 mars 2001 relative à la recherche sur les embryons in vitro (déposée par MM. Philippe Monfils et Philippe Mahoux) n° 2 - 695/1
Propositions d'amendements concernant
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| Numéro | Type de document |
Date |
| 2-695/1 | Proposition de loi | 20/03/2001 |
| 2-695/2 | Amendements | 08/01/2002 |
| 2-695/3 | Amendements | 15/01/2002 |
| 2-695/4 | Amendements | 05/02/2002 |
| 2-695/5 | Amendements | 05/02/2002 |
| Amendements | 14/03/2002 | |
| Amendements | 15/03/2002 | |
| 2-695/8 | Amendements | 26/03/2002 |
| Amendements | 23/04/2002 | |
| Amendements | 30/04/2002 | |
| Amendements | 10/06/2002 | |
| Rapport fait au nom de la commission | 10/06/2002 | |
| Annexes | 10/06/2002 | |
| Articles adoptés en première lecture par la commission | 10/06/2002 | |
| Avis | 16/09/2002 | |
| Avis du Conseil d'État | 04/10/2002 | |
| Amendements déposés aux articles adoptés en première lecture par la commission | 23/10/2002 | |
| Rapport de la discussion en deuxième lecture fait au nom de la commission | 20/11/2002 | |
| Texte adopté par la commission | 20/11/2002 | |
| Amendements déposés après l'approbation du rapport | 26/11/2002 | |
| Amendements déposés après l'approbation du rapport | 27/11/2002 | |
| Amendements déposés après l'approbation du rapport | 27/11/2002 | |
| Amendements déposés après l'approbation du rapport | 27/11/2002 | |
| 2-695/24 Pas disponible |
Articles adoptés en séance plénière | 28/11/2002 |
| Texte adopté en séance plénière et transmis à la Chambre | 05/12/2002 |
A la suite de l'adoption de la proposition Mahoux - Monfils, les autres propositions ont été déclarées sans objet à savoir:
Proposition de loi du 30 septembre 1999 relative à la recherche sur les embryons (déposée par M. Philippe Monfils) n° 2 - 87/1
Proposition de loi du 1er octobre 1999 relative à la recherche sur les embryons in vitro (déposée par M. Philippe Mahoux) n° 2 - 92/1
Proposition de loi du 19 octobre 1999 relative à la protection de l’embryon in vitro (déposée par Mme Ingrid van Kessel et consorts) n° 2 - 114/1
Proposition de loi du 1er février 2000 relative à la protection des embryons in vitro (déposée par M. Marcel Colla) n° 2 - 321/1
Proposition de loi du 14 février 2001 relative à la protection de l’embryon in vitro (déposée par Mme Jacinta De Roeck et M. Paul Galand) n° 2 - 686/1
Proposition de loi du 6 avril 2001 relative à la recherche sur les embryons et les cellules reproductrices (Déposée par M. Patrik Vankrunkelsven et Mme Jeannine Leduc) n° 2 - 716/1
Proposition de loi du 25 avril 2001 relative à la protection des embryons in vitro (déposée par Mme Clotilde Nyssens et consorts) n° 2 - 726/1
Projet de loi et amendements (Chambre) + propositions jointes
| Numéro | Type de document |
Date |
| 50-2182/1 | Projet de loi relatif à la recherche sur les embryons in vitro tel que transmis par le Sénat | 17/01/2003 |
| 50-2182/2 | Amendements | 13/02/2003 |
| 50-2182/3 | Amendements | 18/02/2003 |
| 50-2182/4 | Amendements | 19/02/2003 |
| 50-2182/5 | Amendements | 12/03/2003 |
| 50-2182/6 | Amendements | 13/03/2003 |
| 50-2182/7 | Rapport fait au nom de la Commission de la Santé publique, de l'environnement et du renouveau de la Société | 28/03/2003 |
| 50-157/1 | Proposition de loi (Mme Joëlle Milquet) portant interdiction du clonage des êtres humains, et des interventions ayant pour but d'introduire des modifications dans le génome de la descendance | 13/10/1999 |
| 50-402/1 | Proposition de loi (M. Jean-Pierre Viseur et Mme Anne-Mie Descheemaeker) visant à interdire le clonage des êtres humains | 21/01/2000 |
| 50-429/1 | Proposition de loi (Mmes Michèle Gilkinet et Anne-Mie Descheemaeker) relative à la protection de l'embryon in vitro | 09/02/2000 |
Analyse:
Le débat sur la question des manipulations et expérimentations sur embryons humains ne semble, hélas, pas échapper à la stratégie classique bien connue du monde politique en général mais plus encore du monde politique belge et qui consiste à amputer le débat d'une réflexion initiale. C'est un peu comme si nous nous trouvions devant un feuilleton dont on aurait raté le premier épisode mais dont le contenu était irrémédiablement acquis. En l'espèce, le « débat » fait l'impasse de la question primordiale de la nature humaine ou non de l'embryon et, partant, de son droit ou non à la vie. Comme dans d'autres matières, les auteurs des propositions de loi clament la nécessité de légiférer rapidement afin d'autoriser ces manipulations tout en prévoyant, soi-disant strictement, toutes les mesures destinées à « Empêcher les docteurs Folamour » comme le disait Messieurs Mahoux et Monfils dans La Libre Belgique du 09 juin 2002. En d'autres termes, on veut calmer l'opinion publique en prétendant éviter les « risques d'abus » ou « de dérives »… alors que l'objet même de la législation en projet est un abus, une dérive, une violation même du respect dû à l'être humain créé.
Le résumé des positions de la majorité et de l'opposition:
Ecolo est favorable à l'expérimentation sur les embryons surnuméraires (voir notre analyse) mais prétend en même temps vouloir "éviter que s'ouvrent des voies de l'instrumentalisation du corps humain et privilégie le principe de précaution".
Le CD&V, quant à lui, a demandé l'avis du Conseil d'Etat.
1 La constitution d'embryons à des seules fins de recherches.
Le projet Mahoux-Monfils l'autorise pour
autant qu'elle ait un objectif dit thérapeutique ou du moins dans un prétendu
souci de faire avancer la science.
Les expériences ne pourraient se pratiquer que pendant les 14 premiers jours
qui suivent la fécondation.
Le Centre Démocrate Humaniste CDH, quant à lui, souhaite limiter la recherche aux seuls embryons surnuméraires créés dans le cadre d'un projet parental.
2 Réimplantation de l'embryon.
La réimplantation d'embryons soumis à des manipulations serait interdite. Les embryons sont donc voués à être tués. La réimplantation ne serait autorisée que pour les embryons qui auraient été traités à des fins thérapeutiques ou qui auraient fait l'objet de pure observation. Il est clair que contrairement à ce qui est déclaré, il y a là un risque d'eugénisme de type Diagnostique Pré-Implantatoire (DPI).
3 La thérapie germinale.
La thérapie germinale, c'est-à-dire le traitement d'une maladie génétique avec effet sur la descendance serait autorisée uniquement à des fins thérapeutiques. A contrario, améliorations et sélections génétiques seraient en principe prohibées. La tentation de profiter du caractère flou de la frontière entre les deux attitudes nous laisse à penser que les scientifiques y succomberons facilement.
4 Le clonage.
Le clonage serait autorisé uniquement pour des raisons "thérapeutiques", c'est-à-dire sans réimplantation ultérieure dans l'utérus d'une femme. Seul Jan Remans (Libéral flamand du VLD), prône le clonage reproductif. Il a déposé des amendements en de sens.
5 Création d'une Commission fédérale pour la recherche médicale et scientifique.
La proposition prévoit l'obligation d'obtenir le feu vert de "comités locaux d'éthique", attachés auprès des centres de recherche et des hôpitaux, pour pouvoir entamer une recherche. La Commission fédérale jouerait le rôle d'une instance supérieure de monitoring, capable de casser l'avis des comités locaux. Reste à s'entendre sur son pouvoir et son temps de réaction.
La position MAHOUX-MONFILS:
Reprenons les questions posées par la Libre Belgique du 09 juin 2002 à Mr. Mahoux, P.S. et co-auteur du texte « phare » en débat.
"Que répondez-vous à ceux qui s'opposent à la fabrication d'embryons à des seules fins de recherche?
Notre objectif est de favoriser la recherche `spécifique´ - n'oublions pas que
dans la proposition de loi, la recherche doit toujours avoir un objectif thérapeutique
- tout en l'encadrant par des balises. Je crois que la procédure doit se faire
dans une totale transparence. En d'autres termes: d'accord pour les expérimentations
mais dans le respect de certaines conditions. Par ailleurs, je ne pense pas que
les embryons surnuméraires d'un projet parental soient suffisants pour faire
avancer la recherche. Il faut donc ne pas s'empêcher d'en concevoir, mais avec
le consentement des donneurs. Au même titre que dans le cadre d'un projet
parental d'ailleurs."
JURIVIE: Monsieur Mahoux est évidemment logique avec ses convictions. D'ailleurs, le débat actuel pouvait-il ne pas avoir lieu un jour dès lors qu'au nom d'un prétendu droit à l'enfant ou d'un "droit à la réalisation d'un projet parental", on avait déjà admis la production à tout va d'embryons humains, ce qui devait inévitablement aboutir à l'existence d'embryons surnuméraires ? A ce propos, comment ne pas se choquer de l'expression même d'"embryon surnuméraire" définit dans le même journal comme "un embryon qui a été créé dans le cadre d'une procréation médicalement assistée, mais qui n'a pas fait l'objet d'un transfert chez la femme car il était par exemple en surnombre." Voilà donc qu'un être humain peut, officiellement, être considéré comme de trop !! C'est déjà lui nier sa dignité intrinsèque…et donner un premier coup au passage à l'intangibilité de ladite dignité puisqu'elle peut dépendre des circonstances.
Notons aussi que le surnombre est cité "par exemple". Autrement dit, d'autres causes pourraient faire de cet embryon un embryon à écarter: sexe, probabilité de porter une maladie génétique,…
Le droit à l'enfant primant sur l'enfant lui-même, là aussi nous nous trouvons devant la possibilité d'éliminer le produit, puisqu'il s'agit bien déjà d'une production, ne répondant au "cahier de charge". Ceci est d'autant plus vrai dans un contexte marqué par l'avortement dit thérapeutique dont une des suites également logique fut l'arrêt Perruche, heureusement corrigé en France, mais pas encore en Belgique (la proposition de loi belge .)
La valeur de l'embryon étant réduite à sa qualité de matière première de réalisation d'un éventuel projet parental, si celui-ci n'a plus de raison d'être, la porte est ouverte à l'utilisation de cet embryon. Car qui voudrait le sacrifier "gratuitement" ? "Autant qu'il serve à quelque chose !" Et si l'utilité est frappée du qualificatif de "scientifique", un avant goût de légitimité est déjà présent !!
Partant, pourquoi se contenter des embryons surnuméraires existants alors qu'il n'y en aurait "que" 30.000 en Belgique (l'équivalent d'un stade de football bien garni…) ? La recherche est gourmande et redoute une pénurie. Aussi, pourquoi ne pas créer ces embryons, "dans la transparence" et "de manière encadrée" - la belle affaire ! - pour permettre à la science de parfaire ses recherches avec les embryons "en stock" ? D'autant que les embryons "frais" seront peut-être bientôt considérés comme plus fiables…
Voilà donc la logique Mahoux…
"Quels sont les objectifs généraux de votre proposition de loi?
Ils sont doubles. D'une part, favoriser la recherche tout en la situant dans le
cadre de perspectives liées justement à cette recherche. C'est dans ce cadre
que l'on a pu obtenir, par exemple, d'importantes avancées en matière de régénérescence
des tissus humains. L'important donc, c'est qu'à terme, cela profite au genre
humain. Mais, d'autre part, il faut absolument maîtriser le processus de
recherche. Il faut éviter l'émergence d'un `docteur Folamour´ ou encore empêcher
toutes dérives liées à une volonté de commercialiser certaines pratiques. Ce
que le vide juridique actuel pourrait largement favoriser."
JURIVIE: Nous y voilà ! La recherche scientifique prend le pas sur l'individu lui-même, mais pour faire mieux passer l'argument, on y insère la perspective d'un bénéfice pour tous, pour le genre humain en général. Qui ne connaît pas un proche atteint d'une maladie dégénérative ? Qui ne redoute pas d'en souffrir lui-même un jour ? Alors…
Comme le disait le participant d'un forum sur ce sujet sur le site de La Libre Belgique, "je n'aimerais pas savoir que je vis grâce au décès d'un autre" (l'embryon). Certes, on argumentera la légitimité du don de sang, du don de moelle ou du don d'organe… Mais la situation n'est pas comparable. Ces dons portent sur des cellules qui ne remettent pas en cause la survie du donneur. Qui plus est, le donneur est consentant. Par ailleurs, dans le cas de greffe d'organes prélevés sur un défunt, le décès de ce dernier est généralement accidentel et, en tout cas, n'est jamais motivé par la perspective d'un "don" à venir. Hélas, à lire les réactions de certains, cette nuance n'est pas aisée à faire. Perversion des mentalités.
"Quels garde-fous proposez-vous pour conserver le contrôle et éviter
les dérives?
Il s'agit d'un double dispositif. Un premier niveau - les comités d'éthiques
locaux - chargé de donner son accord à un projet de recherche. Un second
niveau - de dimension fédérale - serait chargé d'intervenir sur l'avis émis
par le premier. Il serait en charge de l'examen de tous les protocoles de
recherche. Cette double structure a le mérite de la transparence. Nous devons
encore nous entendre sur le délai d'intervention du second niveau."
JURIVIE:la question est, comme dit en introduction, perverse: la "dérive" a déjà eu lieu...
Quant aux Comités, on en connaît l'absence d'efficacité. Qui plus est, on imagine mal que leur composition puisse aboutir à des avis systématiquement négatifs, les membres mordant alors la main qui les nourrit. Relevons l'usage usuel du mot "transparence". En tout état de cause, en quoi un groupe de présumés experts serait-il compétent pour priver un être humain de sa qualité intrinsèque et, partant, de son droit absolu au respect ?
"Il s'agit d'un contrôle a priori. Quid de l'a posteriori?
La proposition de loi est très claire qui édicte toute une série
d'interdictions. Ainsi, les embryons qui ont fait l'objet de manipulation ne
peuvent pas être réimplantés. Le clonage à visée reproductive est également
interdit, pour éviter justement toutes velléités d'expériences à caractère
uniquement eugéniques. Quant au clonage thérapeutique, il s'inscrit dans le
cadre de la lutte contre une pathologie. A nouveau il n'est pas question
d'autoriser des expérimentations de type morphologique."
JURIVIE: l'interdiction de réimplantation passe pour être une sécurité alors qu'elle n'est qu'une affirmation de la destruction, donc de la mort, de l'embryon. Sans commentaire…On verra que contrairement à ce que prétend Mr. Mahoux, l'eugénisme est bien présent puisqu'un embryon pourrait être réimplanté dans le cas où il n'a été soumis qu'à une simple "observation". Nous doutons qu'un embryon observé comme "non conforme" soit réimplanté…
Enfin, on sait que "clonage thérapeutique" et "clonage
reproductif" sont des expressions fausses, tout clonage créant un être
humain étant, par définition, reproductif.
"L'autorisation de la thérapie germinale telle que prévue par la
proposition de loi suscite des réticences...
On ne peut pas se limiter à la seule thérapie somatique (maladie non
transmissible) si l'on veut faire progresser la science. Si l'on peut travailler
à la suppression de la mucoviscidose, va-t-on s'en priver?"
JURIVIE: la recherche contre la maladie est louable. Nous ne le contestons pas. C'est le moyen utilisé qui est condamnable. L'auteur du projet écarte la recherche sur les cellules souches adultes qui, elle, ne porte pas atteinte à un être humain.
Le point de vue
de Mme NYSSENSReprenons les questions posées par la Libre Belgique du 09 juin 2002 à
Mme NYSSENS."En tant que sénatrice CDH, quelle est, Clotilde Nyssens, votre position à propos de la recherche sur les embryons?
Si nous refusons la création pure et simple d'embryons, nous ne sommes en revanche pas opposés à l'utilisation des embryons surnuméraires à des fins de recherche, simplement parce que les embryons congelés sont là et que, si l'on en change effectivement la finalité, ils ont au départ été conçus dans le cadre d'un projet parental.
Cette position prudente tente de prendre en compte l'utilité pour la science tout en ayant une réflexion éthique. Par principe de précaution, avec un maximum de respect pour l'embryon qui n'est pas un amas de cellules, il s'agit d'être prudent: la finalité d'un embryon reste un projet parental et non un matériau à utiliser tel quel pour la science. Nous disons donc non à une approche scientiste, mais oui à une approche ouverte en matière de recherche, pour autant que la loi soit accompagnée d'une réflexion éthique."
JURIVIE
"Et quel est votre point de vue sur le clonage thérapeutique?
Vu le peu d'intérêt manifesté par cette question en discussion parlementaire, j'ai déposé un amendement et demandé un moratoire. Étant donné les espoirs que pourrait générer le clonage thérapeutique, mais aussi au nom d'un principe de précaution, parce qu'il s'agit d'une hypothèse encore lointaine et parce que les risques ne sont pas encore suffisamment évalués, nous préférons attendre, tout en prenant cette problématique à bras le corps afin de tenter de l'approfondir pour déboucher sur une législation qui l'encadre suffisamment.
Il n'est pas question de voter une proposition de loi où le clonage thérapeutique serait compris tout en étant caché, sous prétexte que l'on ne légifère pas sur chaque nouvelle technique. Alors que l'on parle du clonage thérapeutique dans le monde entier, la Belgique ne peut l'aborder par la voie du silence."
"Quelle solution préconisez-vous face au vide juridique?
Notre intention est de pouvoir faire respecter la convention de bio-médecine que la Belgique n'a pas encore signée. Or, pour la ratifier, une législation s'avère nécessaire si l'on veut émettre des réserves. Nous sommes donc en faveur d'une législation en Belgique sur la recherche des embryons, car le vide juridique actuel permet de faire tout et n'importe quoi. De toute évidence, une législation s'impose pour éviter toute marchandisation du corps humain et nous garantir cette protection. Ce qui, personnellement, m'inquiète le plus, c'est l'instrumentalisation du corps humain et de la femme en particulier."
JURIVIE
Prise de position de Monseigneur André-Mutien Léonard, Évêque de Namur
JURIVIE: Le quotidien Vers l'Avenir du 27 novembre 2002 reprend la déclaration faite par Monseigneur Léonard, qui refuse de se taire lorsque la Culture de Vie est menacée. Heureux Évêché de Namur-Luxembourg ! En voici le texte.
VISITE PASTORALE À DOMICILE
DÉRIVES MENAÇANTES DANS L'UTILISATION DES EMBRYONS
Les initiatives parlementaires se multiplient pour prendre distance par rapport au sens de la personne qui s'est développé dans notre culture sous l'influence d'une philosophie humaniste inspirée par la foi. Légalisation de l'avortement, c'est-à-dire légalisation de la mise à mort de ce que nous avons tous été. Légalisation, dans certaines conditions, de la mise à mort directe d'un malade incurable ou en phase terminale, en opposition radicale, quoi qu'on dise, avec l'inspiration généreuse et efficace des soins palliatifs. Volonté de mettre sur le même pied que le mariage l'union de personnes de même sexe, en contradiction totale avec le sens des mots et avec le fondement de toute société humaine, celui du couple stable d'un homme et d'une femme susceptibles (si leur âge le permet) de donner la vie. Notre pays n'en finit pas de régler ses comptes avec la culture chrétienne. Et ce, en plusieurs cas, au mépris des conventions européennes et des recommandations du Conseil de l'Europe. La même dérive risque de se produire en matière d'expérimentation sur les embryons. La Belgique court le danger de s'y doter d'une des législations les plus laxistes au monde. Ce faisant, nos responsables croient être d'avant-garde alors qu'ils sont profondément rétrogrades, car le progrès authentique passe par le respect de l'humain, jamais par sa réduction au rang de moyen.
Avec la proposition de loi Mahoux-Monfils, nous sommes exposés à voir se multiplier des pratiques très hasardeuses sur le plan de leur réelle efficacité thérapeutique, mais, à coup sûr, extrêmement dommageables quant au respect de la dignité humaine des embryons. Les embryons surnuméraires, non implantés lors de la procréation artificielle, vont servir de cobayes pour la recherche. Pire, en contradiction avec la Convention européenne, on envisage, en certains cas, la création d'embryons, c'est-à-dire de personnes humaines en croissance (nous avons tous été cela !), aux seules fins de la recherche scientifique. On envisage aussi d'exploiter les cellules-souches embryonnaires (celles qui permettent de créer des tissus humains) en produisant à partir d'elles des clones thérapeutiques. Enfin, même si elle n'est plus mentionnée dans la seconde version, cette proposition de loi n'exclut pas la thérapie génique germinale, celle qui modifie de manière héréditaire le génome humain, ce qui est formellement interdit par la Convention européenne en la matière.
Espérons que des scientifiques et des philosophes avertis s'élèveront pour dénoncer ces dérives et encourager les voies moralement acceptables pour des thérapies nouvelles, à savoir l'utilisation des cellules-souches adultes, capables, elles aussi, à terme, de produire des tissus thérapeutiques, mais sans porter atteinte à la dignité de la personne humaine.
Dans ce débat, les universités catholiques ou authentiquement humanistes ont un rôle prophétique à jouer, à l'image de scientifiques célèbres, tel Jacques Testart (non chrétien pourtant !), qui ont même renoncé à la fécondation in vitro. Celle-ci, justement réprouvée par l'Église catholique, ouvre la porte à tous les abus. En créant des embryons surnuméraires, elle induit le raisonnement fallacieux selon lequel, puisque ces embryons existent et ne seront pas adoptés dans un projet parental, il vaut mieux les utiliser pour la recherche que de les détruire. Un principe qui peut conduire très loin! Quel geste prophétique si une université authentiquement catholique ou humaniste renonçait à la procréation artificielle et promouvait plutôt la recherche en vue de prévenir la stérilité! Quel sens du progrès scientifique et moral si une telle université renonçait à l'exploitation des cellules-souches embryonnaires et au clonage thérapeutique et développait exclusivement la recherche sur les cellules-souches adultes! Au début, on y perdrait en gloriole et en rentrées financières, mais, à terme, quelle fécondité scientifique de pointe! Et quel progrès moral d'avoir renoncé aux subtilités trompeuses donnant à penser que la dignité humaine d'un embryon est celle que nous lui reconnaissons, ce qui est la négation même de l'idée de droits humains objectifs!
Des universités catholiques ou humanistes d'Europe auront-elles le courage du progrès scientifique et moral authentique ? S'en trouvera-t-il en Belgique ?. Espérons qu'il n'est pas trop tard.
+ André-Mutien LÉONARD,
Évêque de Namur Mercredi 27 novembre 2002 « VERS L'AVENIR »
Communiqué des Chrétiens Démocrates Francophones du CDF
JURIVIE: Le 02 décembre 2002 le CDF, juste porté sur les Fonds baptismaux au terme de son Congrès fondateur du 30 novembre, faisait le Communiqué suivant quant à la problématique des recherches sur embryons:
Enjeux bio-éthiques : quels choix ?
Les grandes questions qui se posent dans le domaine de la bio-éthique ne peuvent être abordées qu'à l'appui d'une confrontation entre des options philosophiques, par nature divergentes. Ce serait une erreur de croire qu'en la matière, il suffit de s'en remettre au bon sens des seuls experts scientifiques ou à la pensée dominante. Dans ce contexte, promouvoir une vision de l'homme fondée sur le respect intégral de sa dignité et de la vie est plus nécessaire que jamais.
Citons quelques exemples.
La xénotransplantation, c'est-à-dire la transplantation d'organes animaux sur le corps humain en remplacement d'organes malades, a déjà fait l'objet de certaines expériences et les grandes firmes pharmaceutiques investissent des montants considérables dans ce domaine de recherche. Mais la communauté scientifique n'est aujourd'hui pas en mesure d'évaluer les conséquences à long terme d'une telle fusion entre cellules humaines et cellules animales.
Ainsi, en Suède, a-t-on implanté des valvules de porc sur des patients atteints de maladies cardiaques pour constater, quelques années plus tard, et auprès de neuf d'entre eux, l'apparition d'une maladie d'origine animale jusqu'alors inconnue dans l'espèce humaine ! D'autres recherches, plus dangereuses encore, portent sur la greffe de cellules animales sur des embryons humains. Notre législation belge ne prévoit rien dans ces matières pour lesquelles il serait cependant urgent de fixer des limites. Même si la liste des organes de remplacement en attente est longue, un cadre légal, tant au plan juridique interne qu'européen et international, s'impose.
Autre exemple : la recherche sur les embryons humains et le clonage dit thérapeutique. En avril 1997, le Conseil de l'Europe a adopté la Convention d'Oviedo sur la bio-médecine, dont le texte, rédigé par une quarantaine d'experts de différentes tendances philosophiques, préconisait l'interdiction de toute production d'embryons humains à des seules fins de recherche et d'expérimentation scientifiques. La Belgique n'a toujours pas ratifié cette Convention, et pour cause : des parlementaires de la majorité arc-en-ciel viennent d'en prendre le contre-pied en introduisant tout récemment une proposition de loi qui, précisément, autorise cette production.
Dans ce dernier cas, on peut craindre une manipulation de l'opinion publique. On invoque l'intérêt de ces recherches pour la guérison de maladies de dégénérescence, telle la maladie d'Alzheimer ou celle de Parkinson. Or, à ce jour, aucun indice ne permet d'espérer avec la moindre certitude la découverte d'un remède efficace dans cette voie. Par ailleurs, la production d'embryons dont la seule finalité est la recherche (puisqu'ils doivent être nécessairement détruits pour que celle-ci puisse se réaliser) pourrait être remplacé par une autre option de recherche portant sur les cellules adultes des personnes concernées. Ce dernier procédé exige certes des investissements importants mais présente l'avantage de ne soulever aucun problème de nature éthique.
D'autres domaines ouverts à la recherche scientifique posent les mêmes questions de choix et d'éthique, telle par exemple la recherche génique, ici encore à des fins thérapeutiques, où la concurrence commerciale entre grandes firmes pharmaceutiques européennes et américaines exerce une pression dont on risque de ne pas mesurer toutes les conséquences à moyen et long termes.
Ces exemples démontrent à suffisance que les développements scientifiques ne peuvent être livrés à eux-mêmes, ni au bon vouloir des seuls experts, ni à plus forte raison aux seuls impératifs économiques et commerciaux. Notre société doit se préoccuper d'urgence de fixer une ligne de conduite claire en la matière, axée sur la dignité de la personne humaine. Le danger est en effet la 'chosification' de la vie et du corps humain, dont le risque est associé au matérialisme ambiant, l'homme voulant s'ériger en maître absolu de son destin. C'est pourquoi, promouvoir une éthique de vie dans des questions de choix aussi sensibles est pour nous, Chrétiens Démocrates Francophones, une priorité pour les années et les générations à venir !
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