La position du M.R.

Note: lorsque l'orateur est interrompu par un intervenant, le texte de ce dernier apparaît légèrement décalé sur la droite.

1er intervenant: Marie-Christine Marghem
2ième intervenant: Philippe Monfils
3ième intervenant: Charles Michel suivi de Dominique Tilmans
4ième intervenant: Richard Fournaux  
5ième intervenant: Olivier Maingain

 

1er intervenant: Marie-Christine Marghem

Marie-Christine Marghem (MR) : Les propositions en question visent à autoriser l’adoption d’enfants par des couples de même sexe par la suppression, apparemment simple, des mots « de sexe différent » des articles du Code civil traitant de l’adoption.
Certaines propositions prévoient que le nom sera choisi par le couple ou sera composé du double nom de l’adopté précédé ou suivi d’un nom choisi par les adoptants.
Une proposition de Mme Genot, devenue sans objet, envisageait l’introduction d’un nouveau mode de filiation par la reconnaissance du partenaire au titre de deuxième parent, sans lien biologique nécessaire entre l’enfant et le deuxième parent dès lors que la filiation est déjà établie à l’égard dudit partenaire.

Ces propositions prétendent fournir un cadre juridique à de « nouvelles situations familiales » - famille recomposée en couple homosexuel comportant un enfant issu d’une précédente union, couple lesbien dont l’un des partenaires a recouru à l’insémination artificielle, etc. - et d’autre part permettre aux couples homosexuels d’être candidats à l’adoption nationale ou internationale d’enfant.

D’autres propositions non retenues auraient pu combler le vide juridique sans pour autant créer un lien de filiation par le biais de la parentalité sociale ou de la tutelle, par exemple. Aujourd’hui, nous devrons nous prononcer sur la manière dont nous estimons en droit belge qu’il faut protéger l’enfant qui a perdu ou ne connaîtra pas l’un ou l’autre de ses deux ascendants.

L’adoption crée un lien de filiation de substitution reliant l’enfant abandonné à l’adoptant et portant surtout obligation à charge de ce dernier. L’État exprime ainsi comment il entend protéger les plus fragiles d’entre nous, dans leur plus grand intérêt.
La vraie question consiste en réalité à se demander : est-ce la même chose pour un enfant d’avoir un ou des parents de substitution de sexe différent ou de même sexe ? La question ne concerne donc pas l’évaluation des capacités affectives et éducatives des couples homosexuels dans les situations de fait.

C’est donc la portée de la différence sexuelle, en particulier lorsqu’elle se manifeste dans la procréation, qui est ici en question. Or on voit émerger au sein de ce débat le néologisme fonctionnel d’ « homoparentalité » visant à la reconnaissance institutionnelle de l’homosexualité.
Depuis 2003, en l’ouvrant aux couples homosexuels, la Belgique a changé le contenu du « mariage » en le déconnectant de la filiation et de l’adoption qui en découlaient jusqu’alors naturellement.

Si deux partenaires peuvent, dans un couple hétérosexuel, produire un troisième sujet, il faut trois intervenants dans un couple homosexuel, en sorte que l'enfant connaît un double problème de connaissance de ses origines et de construction de son identité.
A entendre les signataires des propositions en discussion, il n'y aurait aucun problème. Et ils se basent sur des arguments d'autorité allant d’études scientifiques à l'amour donné à l'enfant, en passant par l'éducation des pays étrangers à la reconnaissance de l'homosexualité. L'analyse de ces arguments démontre leur insuffisance et doit nous inciter à la prudence.

Ainsi, par exemple, on a avancé péremptoirement que "des études scientifiques américaines montrent qu'il n'y a pas de différence de bien-être et de santé mentale des enfants, élevés par des homo- ou des hétérosexuels".
Or, lorsqu’on examine ces études de près, on s'aperçoit que la constitution des échantillonnages est critiquable (nombre restreint des questionnaires ; âge prépubère des sujets interrogés ; qualité des personnes interrogées et choix des situations concernées).

Toutes ces études se présentent comme "empiriques", fondées sur une perspective comportementaliste et fonctionnaliste : la qualité des relations familiales, le confort, la satisfaction et l'ajustement social y priment sur la structure même de la famille. Or, en psychanalyse, les choses vont au-delà des représentations conscientes, et il fallait interroger plus avant cette problématique, ce qui n'a pas été fait.

Les conclusions de ces études ont un caractère unilatéral, sans contre-exemple ni réserve. Or, depuis Karl Popper, la falsifiabilité, la prise en compte des faits ou points de vue contradictoires, est le critère du caractère scientifique d'un discours. Le fait que ces enfants aient tous un comportement si adaptable dans ces études pose question.

A ce sujet, les termes utilisés pour nommer les rôles parentaux dans le couple homosexuel prouvent son flou constant. A la différence de celui de "parentalité", les termes "père" et "mère" ne sont pas malléables à merci et renvoient à l'incarnation et à la sexuation, lieu de la procréation engageant toute la personne.

Si l'on veut penser la parenté hors de l'ancrage corporel de la différence, on en vient à l'imaginaire. Or, la question n'est pas de savoir si les enfants peuvent s'adapter à cet imaginaire, mais quelles conditions leur donneront le plus de chances de déployer leur humanité.

La question de l'identité sur le modèle œdipien est souvent évoquée. Pour l'enfant, être né d'une relation, d'une union dans la dualité, est constitutif de son identité, de sa conscience comme sujet par rapport à ses géniteurs.

Etre né d’un homme et d’une femme est pour l’enfant le lieu de découverte de sa limitation, notamment par rapport à l’autre sexe. En outre, être garçon ou fille, ce n'est pas seulement supporter des caractéristiques masculines ou féminines, postérieures à la naissance et culturelles ; c'est aussi être né d'un corps de sexe différent ou semblable, de savoir si on est différent ou identique à la mère.

La relation au corps de sa mère ne sera pas la même si l'enfant a le sentiment d'être issu de ce seul corps, s'éprouvant comme le prolongement de celui-ci (en cas, par exemple, de mère lesbienne ayant pratiqué une insémination artificielle avec donneur anonyme).

Zoé Genot (ECOLO) : Vous êtes donc contre les inséminations avec donneur anonyme ! Cette théorie est délirante ! Des dizaines de milliers de telles inséminations se font en Belgique, sans que ces enfants en soient perturbés.

 

 

Marie-Christine Marghem (MR) : Je sais évidemment que ces situations existent. Ma démonstration n'est pas tournée vers une situation donnée. Je veux simplement dire que l'adoption, seul sujet de discussion aujourd'hui, est une institution inadaptée pour ces situations car elle concerne exclusivement des enfants nés ou vivant dans des couples hétérosexuels.
La différence des sexes et celle des générations sont les deux rocs de la réalité. Il est plus facile, logique, réaliste, et plus conforme à l'intérêt de l'enfant de bénéficier de parents hétérosexuels qui reproduisent la situation du temps de sa conception et de sa naissance.

Dans le cas du couple homosexuel, l'enfant doit faire un effort complémentaire à la souffrance de l'abandon initial et déterminer la place de chacun de ses parents. En outre, l'enfant devra trouver pour son équilibre des référents identificatoires à l'extérieur du couple parental. Il devra lutter contre l'auto-dépréciation, renforcée au contact de la norme sociale (le sentiment de ne pas avoir des parents comme tout le monde), qui accepte lentement, dans notre société, l'homosexualité.

Ces surcharges psychologiques ne sont pas insurmontables, mais au nom de quoi l'État devrait-il placer l'enfant dans une situation plus compliquée s'il existe des couples hétérosexuels adéquats pour l’adopter ?

En conséquence, je considère qu'il est plus difficile pour l’enfant d’un seul parent adoptant, et a fortiori dans un couple lesbien, de se structurer valablement.

La plupart des auteurs reconnaissent la nécessité d'affirmer la double origine de l'enfant. Mais certains dissocient cette préoccupation de celle de la définition du couple, et jugent l'orientation sexuelle des parents secondaire. Néanmoins, de telles distinctions peuvent être contestables : entre conjugalité et parentalité, parentalité et parenté, entre parents et géniteurs, entre le sexuel et le parental, à quel atome de vie, psychique, sociale, à quelle schizo-parentalité aboutissons-nous ? Il faut voir lucidement ce qu'impliquent, pour un enfant, toutes ces dissociations et s'il est utile de les pratiquer.

Selon la psychanalyste Corinne Daubigny, il est difficile d’affranchir l’éducation des enfants de la référence à leur conception biologique, toujours liée à la différence sexuelle.

Etre sexué n’est pas signifiant en soi si l’on sépare le sexe de l’orientation du désir et des partenaires avec lesquels le sujet entre en relation. L’enfant se réfère à des êtres de désir, de parole et de relation sur lesquels il importe qu’il puisse s’appuyer et pour une part s’identifier.

L’enfant a avec un père ou une mère une relation d’origine. Son identité est impliquée dans ce lien. La parenté adoptive inscrit ce lien symboliquement et analogiquement dans la mesure où elle a une dimension charnelle, désirante, du père adoptif tourné vers une femme, la mère adoptive. La perte de cette dualité est une source de difficulté supplémentaire pour l’enfant.

La question suivante est : quelle demande, l’offre d’adoption étant inférieure à la demande, faut-il privilégier au regard de l’intérêt de l’enfant. Concernant les adoptions internationales, de nombreux pays sont exigeants quant aux conditions d’accueil et expriment souvent leur préférence pour des couples hétérosexuels, stables.

Genot (ECOLO) : Je pense que vous n’avez pas bien écouté M. Dehou ! Des pays acceptent de confier leurs enfants à la Belgique, non seulement à de couples hétérosexuels mais aussi à des personnes seules.

Marie-Christine Marghem (MR) : Ne déformez pas ce que j’ai dit. J’ai parlé de « préférence » donnée par ces pays.

N’allons-nous pas freiner nos relations de confiance avec ces pays ?
La demande actuelle n’est-elle pas qu’une revendication d’adultes uniquement désireux d’être comme tout le monde tout en se disant différent et qui, sous couvert d’égalitarisme, utilisent une institution dans leur intérêt plutôt que dans celui des enfants concernés ?

Comment en outre mieux invoquer l’urgence à régler des situations de soi-disant vide juridique en adoptant délibérément des comportements hors normes tentant d’obliger, par la politique du fait accompli, le législateur à réagir ?
La seule réponse possible à toutes les questions non résolues soulevées par le sujet est : non. Parce que nous n’avons pas eu le choix d’élargir notre réflexion à d’autres formules plus adéquates, sans recourir à l’artifice du lien de filiation, manifestement chevillé à l’hétérosexualité et à notre condition humaine.

Deux catégories de parents différentes par nature se seraient vues octroyer un système différent mais tout aussi efficace au regard de leur spécificité. Il n’existe aucune urgence objective et certainement pas dans le chef des enfants actuellement concernés in concreto.
Nommer la filiation, ce n’est pas seulement indiquer par qui l’enfant sera élevé mais lui permettre d’exister en tant que sujet et de se situer dans la chaîne des générations.

La différence sexuelle n’est pas seulement organique, elle est charnelle, elle structure l’ordre symbolique comme elle est structurée par lui.
Je vous invite à vous opposer aujourd’hui avec moi aux propositions en débat et à reprendre sereinement nos travaux afin de trouver les solutions appropriées à notre société et à notre État (Applaudissements).

 

2ième intervenant: Philippe Monfils

Philippe Monfils (MR) : La persistance de drames psychologiques et sociaux rendait nécessaire le règlement du problème de l’adoption par les couples homosexuels. Des enfants vivent en effet, du fait des hasards de la vie, dans un couple de ce type dont ils ne seront jamais, dans l’état actuel du droit, les véritables enfants. De même, des enfants abandonnés à la naissance ne peuvent être intégrés dans un foyer parce que le couple qui veut les adopter est homosexuel.

On a commencé par se demander s’il fallait pour autant en arriver à un vote pour ou contre l’adoption. Mais le peu d’enfants vivant dans des couples homosexuels justifie-t-il que l’on dénie l’urgence de cette question ? Non, car la détresse humaine ne se mesure pas quantitativement, comme nous l’a appris le débat sur l’euthanasie. L’absence d’image de père ou de mère devait-il empêcher l’option de l’adoption ? Non, puisque des interviews d’enfants démontraient le contraire. Fallait-il envisager une solution alternative, telle que

la parenté sociale ou la tutelle ? Les promoteurs de ces idées ne parvenaient pas à réunir sur ce thème les opposants à l’adoption. Chaque camp revendiquait l’intérêt de l’enfant et le débat devait fatalement aboutir à un vote pour ou contre l’adoption.

Les troisièmes voies - tutelle, parenté sociale, coparentalité, etc. - ne m’ont jamais convaincu car elles soulèvent des problèmes juridiques, comme en témoigne l’avis du Conseil d’Etat, et parce qu’elles maintiennent des inégalités.

En matière éthique, on ne peut se satisfaire de compromis - comme l’a montré l’instauration du contrat de cohabitation légale pour les homosexuels, qui fut suivie, quelques temps après, du vote de la loi sur le mariage homosexuel.

Sur le principe de précaution, je n’estime pas qu’il conduise à attendre ou à postposer le débat. D’ailleurs, le postposer à quand ? Après les élections communales pour éviter des conflits avec l’électorat ou en attendant un niveau d’acceptation suffisant par le citoyen ? Notre devoir n'est-il pas aussi d'ouvrir des débats, même controversés dans l'opinion, et d'y répondre, même sans adhésion majoritaire ?

L'adoption par les couples homosexuels ne fait pas l'objet d'une réprobation généralisée. Les jeunes, la Ligue des droits de l'Homme, celle des droits de l'Enfant et la Ligue des Familles la soutiennent.

Rappelons-nous aussi certains débats éthiques du passé comme l’euthanasie. Il a fallu deux ans et demi pour arriver au vote. Au début, la classe politique était réticente et nous avons reçu de nombreuses insultes et menaces. Le clonage thérapeutique a aussi suscité les vieilles rancoeurs du temps de l'avortement. A chaque étape d'une évolution sociétale, des conflits apparaissent, ce qui est d'ailleurs normal, dans une société démocratique. Le principe de précaution ne peut être brandi pour ne rien faire, sous peine de stagner dans le domaine éthique.

Cela ne veut évidemment pas dire que l'on puisse tout faire sans limite. Dans le cas présent, le contrôle est dans la législation très contraignante des adoptions quelles qu’elles soient.

Il y a ainsi une procédure à suivre : préparation des candidats adoptants pendant quatre mois, remise d’un certificat valable un an, renouvelable une seule fois, enquête sociale ordonnée par le juge de la jeunesse, projet d'adoption, entretiens avec l'enfant et décision du juge de la jeunesse. En matière d'adoption internationale, la procédure est encore plus difficile.

Les autorités veillent au respect de ces conditions. A défaut, l'adoption sera refusée. Tout cela coûte beaucoup d'énergie, de temps et d'argent mais permet d'évaluer la qualité du désir d'enfant, la capacité d'accueil et d’amour du couple.

Sur l'intérêt de l'enfant, il ne faut pas se voiler la face. Quel est cet intérêt ? Même les juges sont divisés. Dans l'arrêt Fretté de la Cour européenne des droits de l'homme, quatre juges ont dit qu'on pouvait refuser l'adoption d'un enfant par un célibataire homosexuel mais trois juges ont émis un avis contraire. Cela en dit long sur l'opacité en la matière ! Combien de fois n'a-t-on pas entendu : "Il est déjà difficile d'élever un enfant dans un couple hétérosexuel, alors dans un couple homo !" L'image renvoie donc à la connotation négative de l'homosexualité même.

On peut trouver trace de cette attitude dans des prises de position de l’Eglise de Belgique. Dans la presse, le cardinal Danneels a indiqué : "Sans mettre en doute la sincérité des couples homosexuels souhaitant adopter ni entrer dans le débat sur les conséquences psychologiques d'une telle adoption, nous sommes préoccupés par le fait qu’une telle mesure va accréditer l'idée des couples homosexuels comme une simple variante par rapport aux couples hétérosexuels et accroître la confusion par rapport au repère fondamental de la famille qu’est la différence sexuelle."

Ce n'est pas donc pas l’intérêt de l’enfant qui est au centre du refus de l'adoption, mais celui de la famille traditionnelle.

Quand on affirme qu'un enfant a plus de chances d’être heureux dans un couple hétéro, c’est une affirmation générale écornée par de nombreux cas particuliers : familles monoparentales, recomposées, séparations, divorces, etc. La famille traditionnelle n'est pas non plus sans reproche, du point de vue de l'intérêt de l'enfant.

Pour les enfants vivant dans des couples homosexuels, leur intérêt n'est pas de ne posséder des liens juridiques, patrimoniaux qu’avec un seul membre du couple. On a légiféré en faveur des enfants naturels, adultérins, incestueux. On leur a donné les mêmes droits que les enfants légitimes, mais l’enfant d'un couple homo ne pourrait avoir deux parents reconnus ! Bien sûr, on pourrait faire comme si l'enfant ne vivait qu'avec son géniteur ou parent adoptif; l'autre membre du couple se livrant à un subterfuge par le biais d'une donation ou d'un testament. Mais comment peut-on soutenir cet échafaudage de dissimulations et de constructions juridiques douteuses ?

Au regard des autres, il y a bien d'autres discriminations : couleur de la peau, handicap, pauvreté, monoparentalité. Le fait de vivre dans un couple homosexuel est-il et sera-t-il encore demain un problème insurmontable ? D’après les sondages, dans la population jeune notamment, l'homosexualité est devenue un phénomène banal relevant de la seule conscience des personnes.

La dualité sexuelle est souvent invoquée comme une nécessité pour l'équilibre de l'enfant, les rôles du père et de la mère étant différents et complémentaires. Les experts entendus disent cependant que "rien ne permet d'affirmer qu'un enfant de couple homosexuel évoluera différemment d'un enfant de couple hétérosexuel." La famille n’est d’ailleurs pas le seul contact avec la société : il y a l’école, les amis, les organisations de jeunesse et sportives…

On ne peut donc dire que l’intérêt de l’enfant n’est pas dans un couple homosexuel.

Dernier point, le regard des autres pays. Un Etat souverain qui légifère dans le domaine éthique, devrait subordonner son attitude aux réactions des autres ? Ma réaction est : "Ils s'y feront ou nous nous passerons d'eux". A la limite, si un Etat refuse pour ce motif l’adoption de ses ressortissants, les organisations d'adoption prendront contact avec d'autres pays. Dans ce secteur, il n’y a pas de droits privilégiés.

En fait, certains pays exigent simplement que l'enfant adopté le soit en Belgique par un couple. Et les organismes d'adoption pourront garantir aux pays étrangers que l'adoption de tel ou tel enfant sera réalisée par un couple hétérosexuel, comme ils le souhaitent.
Enfin, le mouvement se développe : l'Espagne a entériné le mariage et l'adoption. D'autres suivront. Oserais-je dire que cette affaire finira par entrer dans les moeurs ? Pour le mariage homosexuel, de plus en plus de pays en reconnaissent les conséquences juridiques sur leur territoire.

Je conclus, en citant le rapport de Claude Lelièvre, délégué général aux Droits de l'enfant : "L'adoption est un droit pour l'enfant à bénéficier d'une protection sociale de remplacement dans laquelle son intérêt est la considération primordiale. Nul ne peut affirmer que cette protection spéciale soit exclusivement l'adoption par un couple de parents hétérosexuels".
A notre époque de remise en question des schémas de pensées philosophiques, religieux, sociaux, culturels, comment défendre un système d'interdits stigmatisant un comportement sexuel jugé déviant ? Comment ne pas reconnaître que la société évolue et que les diktats d’hier, sans justification décisive, ne peuvent plus être acceptés aujourd'hui ?

Les personnes qui se lancent dans une procédure d'adoption suivent un chemin difficile. La procédure est complexe et longue. Il y a des échecs. Les adoptions sont rares : 366 cas en 2004 en Communauté française pour des centaines de candidats.

Des enfants sont actuellement victimes de l'interdiction d'adoption par les couples homosexuels. Cette loi apporterait-elle le bonheur à un seul enfant qu'elle serait parfaitement justifiée. Quel beau cadeau de Noël que de dire à un gosse : "Bientôt, même si tu as deux papas ou deux mamans, tu auras deux parents qui t'aiment" !

 

3ième intervenant: Charles Michel suivi de Dominique Tilmans

Charles Michel (MR) : Au sein du groupe MR, chacun exprimera sa conviction personnelle. Il s’agit d’un débat éthique à propos duquel seront exprimées des différences entre nous.

Je dirai ensuite que ce débat, dans lequel personne ne peut prétendre seul avoir raison, ne peut être appréhendé qu’avec modestie. Pour ma part, j’ai décidé de voter non. Il est essentiel de préciser la différence entre ce débat et celui sur le mariage des homosexuels. D’un côté, il s’agit de deux personnes adultes, consentantes et libres de leur choix, de l’autre, il s’agit aussi d’un enfant. Notre rôle de législateur implique un devoir de vigilance, particulièrement vis-à-vis des plus faibles.

Je ne suis ni pédopsychiatre ni psychanalyste et je ne peux répondre à la question centrale de l’intérêt de l’enfant. Je fais donc le choix de la prudence.

Il est hypocrite de croire qu’avec cette proposition de loi on règlera la situation de tous les enfants en situation de vie avec des homosexuels.

Je constate qu’il y a une volonté de consacrer sur le plan juridique cet amour qui existe dans le chef des parents homosexuels. Mais il ne faut pas oublier les nombreuses situations où un ou plusieurs enfants étant élevés par des personnes du même sexe, il y a encore deux parents biologiques qui, par hypothèse, sont séparés. Sur ce point, vous n'apportez pas le moindre début de réponse.

Karine Lalieux (PS) : Ce débat nous l’avons eu en commission ! Dans l'adoption, soit il n'y a qu'un parent biologique, soit il n'y a pas de parents biologiques reconnus ; c’est le cas de la parentalité sociale.

Aujourd'hui, nous savons qu'il y a différents types de familles. Nous savons qu'il y a des familles recomposées avec deux parents biologiques qui, aujourd'hui, ont l'autorité parentale. Nous n'avons jamais dit que l'on résoudrait toutes les situations grâce à ce vote.

Charles Michel (MR) : Dans le cadre de la procédure, vous avez refusé qu'on puisse analyser en parallèle l'ensemble des situations. Cela accrédite l'idée qu'il y avait là une volonté d'aller vite.

Karine Lalieux (PS) : Monsieur Michel, les enfants de parents de sexe différent ont effectivement des droits aux soins, à l'éducation, des droits économiques et de succession de leurs deux parents.

Charles Michel (MR) : Enfin, je ne crois pas qu'on ait apporté les réponses pourtant nécessaires à la question de l'adoption internationale. Si l’Etat est souverain lorsqu’il entend répondre aux questions éthiques qui lui sont posées, il importe d’assumer un devoir de lucidité et de mesurer les conséquences des décisions prises. Je m’attarderai sur les chiffres livrés par Philippe Monfils tout à l'heure. En 2004, il y a en Communauté française 366 adoptions dont l'immense majorité se déroulent dans un cadre international. Aux dires des fonctionnaires de la Communauté française en charge de ces matières au quotidien, il est certain que dans l'immense majorité des cas, les pays d'origine des enfants n'accorderont pas ce mécanisme d’adoption dès lors qu'il serait question de parents homosexuels.

En outre, et c’est plus grave, le risque est grand que les démarches entreprises par des candidats hétérosexuels soient entravées parce qu'elles émanent d'un pays qui autorise l'adoption pour les couples homosexuels.

Je ne comprends dès lors pas pourquoi vous n'avez pas choisi une voie plus sage, à l’instar des Pays-Bas.

Karine Lalieux (PS) : Si les Pays-Bas n’ont initialement accepté que l'adoption interne, ils viennent de voter l'adoption internationale pour tous. Ils ont donc reconnu l'erreur commise il y a un an. Pourquoi ferions-nous la même erreur en divisant le débat?

Charles Michel (MR) : En Suède, où l’adoption internationale est entrée en vigueur en 2003, on a constaté qu’en 2004 les adoptions au départ de certains pays étaient en chute libre.

Pour conclure, porter cette proposition de loi, c’est parier qu’elle pourrait ou non être conforme aux intérêts des enfants. Quand il s’agit d’enfants, je ne parie pas : je ne peux pas considérer un enfant comme un cobaye !

Walter Muls (sp.a-spirit): En tant que juriste, j’appréhende ce dossier sous l’angle juridique, mais je ne vais pas m’étendre sur les nombreux arguments juridiques fondés qu’ont déjà développés ici d’autres juristes. Je m’en tiendrai aux réactions de frilosité et de crainte de l’inconnu que j’ai observées aujourd’hui alors que la seule phobie que nous pourrions exprimer est la phobophobie. C’est pourquoi nous devons faire barrage à ceux qui répandent la peur et délivrer les autres de leur crainte.

Faisons en sorte, au moment du vote qui interviendra tout à l’heure, de nous laisser guider par la chaleur, la tendresse et la sécurité juridique que nous voulons pour les enfants. Il n’y a aucune raison objective de rejeter cette loi. Car enfin, quelle est la réalité aujourd’hui? Que les enfants élevés au sein d’un couple homosexuel perdent leurs deux parents lorsque leur seul parent légal vient à décéder et qu’une fois pour toutes, on ne choisit pas la nature de ses inclinations sexuelles.

Parce que tous les enfants ont droit, dans notre pays, à la sécurité juridique et doivent pouvoir grandir dans la chaleur et la tendresse, je voterai résolument en faveur de cette loi. (Applaudissements sur les bancs de du sp.a-spirit, du PS et d’Ecolo)

Dominique Tilmans (MR) : J’estime que le débat sur l'homoparentalité n'est pas une priorité, que nous y avons déjà consacré beaucoup trop de temps.

Parce que le meilleur équilibre pour un enfant reste la relation entre un père, une mère et cet enfant, qu'il s'agit avant tout de se prononcer sur l'intérêt de l'enfant ; parce que le vide juridique préjudiciable aux enfants de couples homosexuels pouvait être comblé par la tutelle par le conjoint ou le cohabitant ; parce que l'adoption est en soi un acte difficile et qu'il l'est davantage pour un couple homosexuel ; parce que l'identité d'un enfant et son insertion dans la société doivent être préservés et qu'il est primordial de ne pas confondre parentalité et filiation ; parce que je ne pense pas que les couples homosexuels soient plus à l'abri d’une rupture que les couples hétérosexuels ; parce que l'équilibre psychoaffectif d'un enfant ne peut être l'instrument d'aucune cause ; pour toutes ces raisons, je voterai contre la proposition de loi visant à permettre l'adoption par les couples homosexuels.

 

4ième intervenant: Richard Fournaux

Richard Fournaux (MR): Je ne suis ni juriste, ni philosophe, ni médecin, ni moraliste mais j’ai ma propre expérience de père et je réfléchis depuis un certain temps à cette question à laquelle chacun d’entre nous savait devoir se préparer.

Au MR, en matière éthique spécialement, la liberté de conscience et de vote est fondamentale et la responsabilité personnelle prend le pas sur la discipline de groupe, ce dont je suis reconnaissant envers mon chef de groupe.

Dans le présent vote, une voix peut tout faire basculer.

La question délicate que nous traitons peut être abordée de différentes manières, mais nous devons oser affronter la réalité.

 

Il faut admettre que l’adoption est une opération difficile qui nécessite des conditions strictes pour tous les candidats, quels qu’ils soient.

Apporter de l'amour à un enfant n'est pas l'apanage de personnes dites normales. Les enfants en Belgique ou dans le monde méritent d'être pris en charge et d'être aimés. Nombre d'enfants sont, d’ailleurs, déjà concernés par l'homosexualité leurs parents. En outre, aujourd’hui, un homme ou une femme seuls peuvent déjà adopter un enfant sans difficulté.

D’ailleurs, comment réagir à une demande d'adoption par une personne avouant être homosexuel ? Va-t-on privilégier celui qui n'avouerait pas et mentirait sur sa réelle condition ? Tout cela est flou et les nombreuses interprétations ne placent pas tous les candidats à l'adoption sur un pied d'égalité.

Un enfant égale un enfant, même si la situation des parents est différente. J'ai bien entendu le point de vue de certains, et je respecte tous les points de vue, pour autant qu'ils ne soient pas excessifs.

Pourquoi la différence dans le chef du couple homosexuel doit être reportée sur l'enfant ? Même si je puis admettre une différence entre le mariage gay et le mariage hétérosexuel, il ne convient pas de reporter cette différence sur la tête d'un enfant. Il est fondamental de garantir des droits équivalents aux couples homosexuels ou hétérosexuels vis-à-vis des enfants mais plus encore pour ces enfants par rapport aux autres.

D’aucuns ont proposé une équivalence de droits sous une autre formule juridique, sans utiliser le mot d’adoption. Un tel système ne va-t-il pas concrétiser une différence de statut dans le chef des enfants concernés par l'adoption homosexuelle ? Et on créera un espace nouveau pour les contestations.

Pourquoi donc faut-il trouver un autre mot ou une autre conception juridique pour qualifier une même chose, la prise en charge d'un enfant par des adultes ?

Il ne faut pas être hypocrite. Cette Chambre a accepté le mariage gay et l'adoption par une seule personne. Dans cette logique, rien ne s'oppose à l'adoption.

Avec ou sans loi, il y aura des adoptions par des couples gays. Il y en a déjà maintenant, mais tronquées, voire déguisées. Tôt ou tard, l'enfant ou l'un des partenaires du couple sera pénalisé.

Je préfère entendre des membres de cette Chambre être contre l'adoption, par un couple de même sexe, plutôt qu'entendre qu'on l’admet à condition de lui trouver un autre nom et une autre forme juridique.

J’avais envisagé de déposer un amendement prévoyant la possibilité de l'adoption dans les cas où existe un lien de filiation entre l’un des membres du couple homosexuel et l'enfant, mais cela aurait pu engendrer des discriminations entre les couples homosexuels, et dans le chef de certains enfants qui ne pourraient pas bénéficier d'une adoption dans le giron familial.

En conséquence, j'ai décidé de voter en faveur de la proposition de loi telle que déposée. (Applaudissements sur les bancs du PS, d’Ecolo, du VLD et du MR).

 

5ième intervenant: Olivier Maingain

Olivier Maingain (MR) : Ce débat a eu le mérite de porter un autre regard sur des réalités humaines trop longtemps occultées, niées, voire méprisées.

Fondamentalement, le rôle de la loi n'est pas de dire ce qui est bien ou mal mais bien de dire ce qui est juste et injuste au regard de situations vécues et devant être assumées.

Je ne me rallie pas aux arguments visant uniquement à défendre la conception traditionnelle de la famille dans la mesure où le rôle de législateur est de reconnaître la diversité des réalités familiales et des vécus des enfants.

Les arguments visant à dire que des enfants seraient nécessairement malheureux parce qu'élevés dans des familles dont les parents sont de même sexe, parce qu'ils n'auraient pas la référence permanente de la différenciation sexuée, ne me convainquent pas de ne pas faire oeuvre de législateur.

Mais nous sommes confrontés à des réalités juridiques. Certes, j'ai entendu de très beaux plaidoyers en faveur de l'admission de la proposition de loi qui nous est proposée. Mais le droit n’appelle pas une seule conclusion à la réalité de l'enfant élevé par un couple de personnes du même sexe.

Tout d'abord, précisons qu’il n'y a pas de traitement inégal au regard de la Constitution et des principes juridiques du fait que les couples homosexuels ne se verraient pas reconnaître le droit à l'adoption.

Il n'est pas davantage juridiquement fondé de dire que le droit à la vie familiale ouvre le droit à l'adoption pour les couples homosexuels. Pas un arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme n’ouvre une telle perspective.

Donc, si notre véritable préoccupation est de protéger l'enfant mineur élevé par des couples de personnes du même sexe, on doit se demander si d'autres voies juridiques donnent une sécurité juridique aussi élevée ou plus élevée que l'adoption. Il existe une panoplie de réponses juridiques.

Pour tous les enfants qui sont élevés par des couples de personnes du même sexe et dont les parents ne proposeront pas l'adoption, quelle est la réponse juridique que la proposition apporte au vide juridique que la Cour d'arbitrage a constaté?

Cette proposition ne va sans doute pas conduire à un phénomène très important d'adoptions. Il n'y aura donc pas de réponse juridique générale à la situation constatée par la Cour d'arbitrage. Le vide juridique se perpétuera. La réponse apportée au débat de droit est tellement partielle que cette proposition ne peut emporter mon adhésion.

Il y a bien d'autres voies. Pour protéger les enfants naturels, par exemple, on n'a pas eu recours au mécanisme de l'adoption ; on a étendu la notion d'autorité parentale. Nous aurions pu partir du même concept pour donner une protection aux enfants élevés par des couples de même sexe. Mais on a voulu donner à ce débat une autre connotation, qui est celle de vouloir assimiler les couples de même sexe à des couples hétérosexuels, ce qui en soi est honorable mais qui n'est pas la réponse au problème juridique soulevé par la Cour d'arbitrage.

La proposition de loi qui nous est soumise est une proposition de loi de passion et non de raison, de revendication et non de protection. Voilà pourquoi je ne vais pas y adhérer (Applaudissements).