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La position de Ecolo
Note: lorsque l'orateur est interrompu par un intervenant, le texte de ce dernier apparaît légèrement décalé sur la droite.
Zoé Genot (ECOLO) : Dès 1998, Ecolo a entamé une
réflexion sur le thème de l'homoparentalité afin d'en comprendre la réalité, la
complexité et ses difficultés juridiques.
En septembre 2000, le parti a décidé de permettre aux couples de même sexe d'être candidats à la procédure d'adoption même si chaque député vote en âme et en conscience sur les questions éthiques.
En octobre 2001, j’ai déposé, avec une collègue d’Agalev, la première proposition de loi qui permettait la filiation entre un enfant et ses deux parents de même sexe en vue de résoudre les situations existantes puisqu’elle permettait à un deuxième parent, non biologique, de même sexe que le premier parent ou non, de reconnaître l'enfant.
En novembre 2001, le Parlement s'est penché sur la
réforme globale de l'adoption en vue de sécuriser la situation de l'enfant
adopté. A cette occasion, l'adoption a été ouverte aux couples non mariés mais
de sexe différent. A l'époque, nous avions déposé un amendement ouvrant
l'adoption aux couples non mariés de même sexe. Bien que rejeté, ce dernier a
lancé le débat.
En janvier 2003, le Parlement a ouvert le mariage aux couples de même sexe, mais
il ne réglait pas la situation des enfants dont les parents mariés sont de même
sexe.
En mars 2004, j'ai déposé la première proposition de loi
francophone ouvrant l'adoption aux personnes de même sexe, comprenant l'adoption
internationale et prévoyant une procédure uniquement judiciaire pour les enfants
déjà élevés dans des familles.
En juin 2004, la sous-commission Famille a décidé de se pencher sur les
propositions de loi sur ce thème et au printemps 2005, elle a entamé les débats
et organisé des auditions. Le débat a ensuite eu lieu en commission de la
Justice et le Conseil d'État a rendu un avis considérant que l'adoption de ce
projet ne pose pas de problème juridique et qu’il s'agit d'un choix politique.
Après ce bref historique, revenons aux arguments de fond. Tout d'abord, le sujet
est sensible parce qu’il touche à notre conception de la famille tandis que le
modèle traditionnel de la famille doit être confronté à la réalité, en tenant
compte de l'intérêt des enfants. Dans ce débat, les analyses de chacun doivent
être respectées et nous devons éviter les procès d'intention et la
stigmatisation de tous les intervenants ! Je m'oppose également à toute
caricature de notre argumentation puisqu’il est avant tout question du droit de
l'enfant à avoir une famille et du droit des enfants à ne pas être discriminés.
Actuellement, des enfants sont élevés par des couples homosexuels, ont dès lors
deux parents de coeur mais n'ont droit qu'à un parent légal tandis qu’aucun
statut n’est offert au deuxième parent. Il ne s’agit pas d’un problème d'adulte
mais d’un problème d'enfants. En cas de séparation, le deuxième parent est
particulièrement démuni puisqu’il n'a aucun lien juridique avec l'enfant.
Appliquant la loi, le juge lui accordera un après-midi par mois comme c’est
généralement le cas dans le cadre de relations personnelles. Oserions-nous
encore parler d'intérêt de l'enfant dans de telles situations ?
Dans le pire des cas, le décès du parent, le deuxième parent n'est pas du tout
sûr d'être désigné comme tuteur. Il est clair pour tous qu'arracher l'enfant à
sa famille déjà à moitié amputée n'est pas vraiment souhaitable. Dans les
tribunaux, pour l'instant, les juges « bricolent ».
Revenons-en à l'adoption. Actuellement, les personnes seules peuvent adopter.
J'ai peu entendu les personnes qui défendent le droit des enfants à avoir deux
parents de sexe différent s'inquiéter de ces adoptions par des personnes seules.
Déjà à l'heure actuelle, des homosexuels adoptent en tant que personne seule ou
en étant en couple. Cela se passe souvent dans l'hypocrisie. De surcroît, ces
dernières années, la procédure d'adoption s'est vue mieux encadrée. Il y aura
beaucoup de désillusions si la loi est votée. Des candidats seront écartés.
Concernant les adoptions internationales, à court terme, peu de pays accepteront
de confier leurs enfants à des couples de même sexe mais ce n'est pas une raison
d'interdire cette possibilité. Cette ouverture à l'adoption internationale ne
risque pas de léser les autres candidats à l'adoption. Voyez l’exemple des
Etats-Unis. La majorité des enfants vivant dans des familles homoparentales sont
issus de la procréation médicalement assistée. Mais ces enfants ont un seul
parent légal : leur mère. Les chiffres des institutions qui pratiquent la
procréation médicalement assistée montrent une acceptation de 80% des couples
hétérosexuels et homosexuels et une acceptation de 50% des femmes seules. Les
personnes seules sont parfois refusées lorsqu'elles choisissent d'avoir un
enfant seules par dépit ou en raison de risque de fusion trop intense. Pour la
plupart, les acceptations concernent les couples, et notamment les couples de
femmes, inscrits dans la durée.
Ces parents ne sont pas des parents par hasard. Ils entreprennent un long
processus de réflexion et de préparation avant d'envisager les procédures à
venir. Il s'agit d'enfants très attendus. Des enfants comme les autres que nous
devons protéger. Ces dernières semaines, on a vu se multiplier les controverses
sur les études et les avis scientifiques. Pour ma part, je me base sur l'étude
de la VUB, qui résulte du suivi pendant vingt ans de couples hétérosexuels et
homosexuels ayant des enfants par procréation médicalement assistée avec
donneurs anonymes. Et bien, ces enfants vont normalement, ni mieux, ni moins
bien que les autres. On entend aussi beaucoup dire qu’un enfant a besoin d'un
père et d'une mère. Mais un enfant a surtout besoin d'amour. "Il lui faut des
modèles des deux sexes." Oui, c'est pourquoi beaucoup de ces enfants auront une
marraine, un oncle ou un grand-père particulièrement investi.
Des propositions du MR, du cdH et du CD&V ont été déposées pour ouvrir une série
de droits aux personnes qui élèvent l'enfant avec les parents.
Ces propositions semblaient inadéquates pour sécuriser la situation des familles
homoparentales. On a déjà tenu ce type de débat au moment du vote de la loi sur
le mariage des homosexuels. Les conservateurs, après avoir créé un contrat de
cohabitation légale, coquille vide, étaient prêts à le remplir de tout, à
condition qu'il ne s'appelle pas mariage. Les propositions sur la table seront
de bonne base de travail pour élaborer un futur statut du beau-parent. Mais il
convenait de ne pas l'amalgamer avec le débat sur l'adoption.
J'entends parfois: "Ils vont nous atomiser la famille !". Je comprends ces
craintes. Mais je me réjouis que, malgré les difficultés de la vie de couple
actuelle, des personnes veuillent former des familles. Les homosexuels ont et
auront des enfants, quoi qu'on vote aujourd'hui. La question est de savoir si
l’on veut que ces enfants aient droit à deux parents responsables. A cette
question, le groupe Ecolo répondra oui.